FANTÔMES Z' ET AUTRES ROMANS...

FANTÔMES Z' ET AUTRES ROMANS...

Déveine, quand tu nous tiens ... !!

Déveine, vous avez
dit déveine …?  Bizarre !

 

 

Nuit de Chine, nuit câline ?  Non. 
Pas vraiment.  La mienne se joue sur l’air de nuit amère, nuit d’enfer. 
D’où peut-être une certaine irritabilité au réveil !  ce qui me fait lancer une main maladroite
vers mon vieux Big Ben, lequel s’empresse de vomir ses pièces détachées au contact, reconnaissons-le, brutal du plancher de mon studio…  Voilà qui commence bien une journée à la Vincent.  Bienvenue dans le monde des réveillés.  J’ai la gueule de bois.  Et non, je ne bois pas, je ne fume pas.  Et je ne b… non plus !  C’est d’ailleurs le drame de mes éveils
quotidien.  Et pourtant :  j’ai un physique de jeune premier, je n’ai pas de défauts tels que ceux mentionnés plus haut, j’ai un peu de sous.  Pas des millions mais de quoi m’amuser
beaucoup en travaillant un peu et surtout je satisfais mes parents en continuant de garnir mon compte écureuil mois après mois dans l’optique d’un éventuel achat de maison après un éventuel mariage dans l’éventualité hypothétique où je rencontrerais enfin l’âme sœur… Jusque là, mes efforts n’ont pas été trop couronnés de succès et à 27 ans, je n’ai toujours pas de petite amie, même provisoire.  Je dois donc surseoir moi-même à mes besoins de base tels que manger, faire les courses, le ménage etc…  car en effet, mon papa chéri a réussi, après une bataille de haute lutte avec ma douce maman, à me pousser en
direction de la porte du domicile familial dans lequel je vivais pourtant si
heureux.  Il a même été, le bougre, jusqu’à payer de sa poche, lui d’habitude si peu prolixe, les trois premiers mois de mon loyer ainsi que le remplissage en règle du frigo et des placards du modeste logement où je réside désormais.  Suis-je chanceux, hein ?

Bref !  Évitons les retours inutiles et destructeurs sur mon grand malheur de célibataire sans appui moral.  Ce matin est un des trois matins où je dois commencer de bonne heure.  En théorie.  De bonne heure veut dire 10h et je sais d’ores et déjà que je serais en retard, que mon cher patron va encore, et dans l’ordre : 1) me maudire  2) me
menacer de me flanquer à la porte  3) m’offrir un café en me présentant le dernier projet de la bande de nuls (selon lui) et qui sont, en fait, le fond monétaire de la boîte de pub qu’il
dirige.  Tout ça parce qu’il tient à moi comme à la prunelle de ses yeux. J’admets, sans en tirer gloriole que je suis bon dans mon domaine de concepteur et que c’est pour cela que je peux me permettre certaines libertés.  Tout comme je sais aussi que j’ai un peu intérêt à rester le meilleur sous peine de ’’sauter’’ sous la pression des jeunes loups qui me talonnent (les nuls vus plus haut).  En tant que petit matin qui chante, tout se ligue pour me mettre de mauvais poil.  Je mets le pied à terre, je me lève d’un élan courageux et un éclat de verre en provenance direct de mon défunt réveil se fiche dans mon gros orteil.  Succession de jurons puis direction la salle de bains miniature où je ne trouverais évidemment ni alcool ni pansements.  Après avoir artistement réparé le bobo avec
du ruban adhésif et du papier toilette extra doux super absorbant trois épaisseurs, je m’aperçois avec bonheur que mon rasoir jetable, qui aurait justement dû l’être il y a au moins six mois, ne coupe plus…  Ou plus exactement, ne rase plus !  Car pour couper, il coupe !  La peau, sinon les poils !  D’où distribution de petits bouts de papier toilette extra doux super absorbant trois épaisseurs sur mon doux visage de beau ténébreux !  À ce stade-ci, j’ai deux choix, le premier étant de prendre les choses avec philosophie et de me
ressaisir, le second de céder in petto à la mauvaise humeur.  J’opte pour le premier car je sais par expérience que sinon les choses vont s’aggraver.  Je survole donc d’un air blasé le bidon de lait pas bon et vogue avec dédain sur le grille-pain dont le ressort un peu
trop puissant expédie mes tartines directement dans la casserole pleine d’eau
que j’ai mis à tremper dans l’évier la veille au soir… ou peut-être celui d’avant.  Un sourire désespérément accroché à mes lèvres, j’enfile mes chaussures, attrape ma mallette et après un dernier regard dégoûté à mon appartement en bordel, je sors en claquant fort la
porte toujours dure à se fermer.  D’habitude !  Parce que là, pour une fois, elle ferme du premier coup.  Et pour cause.  J’ai oublié d’enfiler mon pantalon.  Et où est le pantalon avec la clé dedans ? Sur la table, elle-même dans le logement dont la porte a miraculeusement fermé du premier coup !  Chose qui ne lui était jamais arrivé, de mémoire d’homme.  Dieu merci, j’habite dans un très vieil immeuble, au troisième sans ascenseur, nous sommes trois par étage, la plupart des habitants sont des gens âgés ou des ouvriers étrangers dont le salaire est envoyé presque au complet à leur famille restée au pays, donc rarement
présents, heures supplémentaires obligent, d’où circulation nulle dans les
couloirs, c’est déjà ça.  Assis sur ma mallette, la tête dans les mains.  Dans
le noir car je me garde d’actionner la minuterie, je réfléchis.  Dans 25 ans, je pourrais sûrement appeler un serrurier où la concierge à l’aide de mon téléphone cellulaire où composer le code de ma porte sur mon ordinateur portable à l’aide d’une connexion sans fil
mais en juin 76, ça n’existe pas encore, donc solution inapplicable.  Un rapide coup d’œil par la lucarne du corridor qui donne sur la loge de la gardienne m’apprend qu’elle n’est pas là et si ma vision est bonne, qu’elle ne rentrera qu’en soirée !  Alors là, c’est le bouquet !  Après un bon quart d’heure de réflexion intense, je me souviens avoir laissé la fenêtre ouverte.  Je devrais donc être capable d’entrer par là.  Ce qui signifie que je dois demander
à mes voisins de bien vouloir me laisser passer par leur logis et que je vais devoir faire le singe, en slip, à dix mètres du sol au-dessus d’une rue finalement pas si tranquille qu’elle en a l’air.  D’autant plus que je suis très sportif, essentiellement dans mon fauteuil devant un match de foot, un coca à la main.  Bon, mais ais-je bien le choix ?  Je suis très prude, mais l’âge vénérable de mes charmants voisins, lui 92 et elle 91 ans, me pousse à utrepasser ma gêne de jeune puceau.  Après quelques très longues minutes de tergiversations et d’explications laborieuses:

Je vous assure, je vous entends, pas la peine de crier !

 - et de :

-   Mais vous allez tomber, jeune homme !

J’ai enfin gain de cause et le droit de franchir l’huis non sans avoir tout d’abord libéré l’accès encombré, dix minutes de travail, et décoincé la crémone grippée par des années
d’inaction.  Debout sur le rebord en tendant le bras au maximum, je suis encore à deux bons mètres de mon appui.  Je dois donc sortir mes talents d’homme araignée et m’accrocher à la corniche pour me glisser jusqu’à ma cible… sans regarder en bas…le peu que j’en ai vu m’a donné des sueurs froides.  La hauteur est impressionnante !  De plus, l’incident n’est pas passé tout à fait inaperçu, un jeune et grand couillon en sous-vêtement vert pistache, perché à dix mètres du trottoir, a vite fait de transformer une rue tranquille
de Paris en dernier salon où l’on cause.  Où l’on rit, plutôt !  Au point où j’en suis, force m’est de faire contre mauvaise fortune bon cœur tout en essayant de ne pas me péter la margoulette. Et vite, avant qu’un pingouin bien intentionné n’appelle police secours !  Je crois, ce matin, avoir gagné ma bataille contre l’adversité et le vertige lorsque je franchis le rebord d’un pas victorieux mais fi donc !  Quand ça va mal, ça va mal et les augures, rien ne laissait présager la suite ! Car il y a une suite !! Et comment ! Et il y a fort à parier que vous voulez la connaitre…?  Non?  Bande de vilains curieux toujours prêts à rigoler du pôv’monde ! Mais bon… en tant que fidèles lecteurs des malheurs de Vincent (c’est moi !), je me dois de vous dévoiler le reste de cette foutue journée de m…! Mais seulement… comme à la télé…APRÈS LA PAUSE !!!



22/01/2013
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